INTERPOLATIONS
Action d'interpoler, d'introduire dans un texte un élément qui n'était pas dans l'original (Larousse)
Le temps qui passe
Qui est-il ?
Chercher de l'ombre.
Se sentir observée.
je lève la tête et je vois le buste d'un grand homme regardant vers l'horizon.
Mais qui est-il ?
Il est au bon endroit, dominant les touristes qui arpentent les vieilles rues. Il sera là encore quand il n'y aura plus personne, seulement l'horizon à contempler.
Et je me dis que j'aimerais tant être à sa place,
tranquille,protégé des rayons ardents du soleil,
attendant que temps passe,
inexorablement.
©Virginie Neufville/2025
MAL DU SIECLE
Quand un tableau raconte le mal du siècle et les tourments d'un homme en proie à un amour interdit dont la sœur, ressentant la même passion coupable, se retire au couvent.
ANGOISSE
L'angoisse me serre le cœur,
M'étrein irrésistiblement
Comme un amoureux passionné
Qui ne veut pas me quitter.
L'angoisse se nourrit de moi,
De mes chagrins passés,
De mes peines à venir.
Elle m'envahit, me grignote,
Me vampirise.
L'angoisse parfois disparaît,
Prend la fuite
Vers d'autres horizons.
Elle me libère, un temps,
Puis revient, irrésistiblement,
Pour me cueillir dans ses bras.
©Virginie Neufville/2025
Le chemin
"Et quand il arrive à la première maison et frappe à la porte, le dernier chapitre de la saga S.T Baumgartner débute".
©Virginie Neufville / 2025
BRUME
Nous y sommes. Pas de fumerolles, pas de fleuve écumant qui nous entoure, mais un brouillard épais et humide porté par un vent tourbillonnant.
L'Enfer tel que le décrit les Anciens et l'imagination collective devient réalité quand on monte le flanc du Vésuve un jour de mauvais temps.
Seul le sentier balisé par une malheureuse corde qui a vu des jours meilleurs nous garantit de ne pas basculer dans le vide.
Et c'est un monde stérile qui se dessine autour de nous. Le cratère, sur notre droite reste invisible, bien protégé des nuages mais on le contemple quand même, hypnotisé par ce qu'on ne voit pas mais qu'on devine aisément.
Là, me revient une image de mon vieux livre de littérature au lycée, illustrant le poète romantique. Je suis au milieu des nuages, sur le Vésuve et je devine l'Enfer sous moi qui gronde et attend son heure.
©Virginie Neufville/2025
NAISSANCE
VERT-VERT
Déambulant dans les allées de l'exposition Gothiques du Louvre-Lens, attirée par la lumière de ce charmant petit tableau exposé, je lis le cartel qui fait référence à Un cœur simple de Gustave Flaubert.
Voilà de quoi m'intriguer, voilà de quoi enquêter !
Vert-Vert est d'abord un poème en quatre chants en décasyllabes de Jean-Baptiste Louis Gresset écrit en 1734 ,qui raconte comment un perroquet adopté par des sœurs du couvent de Nevers a conquis leurs cœurs. Sa particularité était d'avoir adopté un langage dévot qui ravissait les visitandines. En voici un extrait (début du poème) ICI
En 1830, le peintre Auguste Couder a peint la mort de Vert-Vert qui, après avoir été confié à des marins pour apprendre un nouveau langage, est revenu parmi les sœurs qui l'ont gavé de sucreries à en mourir, tant elles adoraient cet oiseau qui leur faisait oublier leur vie de recluse.
Alors pourquoi Un cœur simple de Flaubert ?
Cette nouvelle issue du recueil Trois contes, racontent la vie de Félicité, domestique dans une maison bourgeoise, qui remplit son quotidien de générosité et de sainteté. C'est un cœur simple qui croit et donne. L'arrivée du perroquet Loulou dans la maison lui permet de supporter dignement les malheurs qui s'abattent sur elle. Elle compare Loulou à une sainteté et lui voue à un amour sans limite.
On comprend mieux le rapprochement entre Vert-Vert et la nouvelle de Flaubert. S'est-il inspiré du poème et du tableau ?
Aller à une exposition sur l'histoire du Gothique à travers les âges pour se retrouver à mieux comprendre une histoire autour d'un perroquet, il n'y a qu'un pas. Et J'adore !
©Virginie Neufville/2025
TROIS PETITES CHAISES
Depuis qu'on nous a installées au bord du ravin, nous sommes inexorablement attirées par le vide. Pourtant, nous savons que c'est dangereux mais voler est notre rêve.
Nous savons que nous ne sommes que des pauvres chaises de jardin destinées à accueillir les fessiers d'inconnus, fatigués de la grimpette à parcourir pour nous atteindre ou attirés comme nous par la vue plongeante.
Notre propriétaire a bien compris qu'il y avait un problème. Chaque jour, il constatait que nous nous étions avancées pour basculer. Alors, pour attirer les passants, il nous a tatouées.
"jolie vue en toutes saisons"
Depuis, nous sommes devenues photogéniques, notre attirance pour le vide s'est atténuée. A nous la gloire ! Chaque saison, on nous fait le portrait, mais surtout, nous sommes devenues les confidentes de ceux qui viennent s'asseoir pour réfléchir.
©Virginie Neufville / 2025
SAMOSELY (fin)
Ce
matin-là, elle se réveilla le teint pâle. Elle avait rêvé toute la nuit qu’elle
perdait ses dents, et ce détail la troublait car sa mère lui avait raconté un
jour que les rêves pouvaient annoncer l’avenir, et perdre ses dents dans un
rêve était un présage de mort. Or, il ne restait plus qu’elle, et Irina était
superstitieuse.
Elle
se décida à sortir quand même, comme elle avait prévu de le faire. Tourner la
clé, ouvrir la porte de son appartement, puis la refermer, furent les seuls
bruits de son immeuble.
On
n’entendait rien.
Vraiment
rien.
Irina
se dit que le bruit avait finalement un côté rassurant, alors que le silence
amplifiait les sons. Elle se sentait comme une intruse alors qu’elle était chez
elle.
Dehors,
le soleil dardait ses rayons du matin. Pas un bruit, même pas le sifflement
d’un oiseau. Irina fut frappée par une odeur métallique trop fugace pour
qu’elle puisse l’identifier. Elle tourna sur elle-même, bras tendus. Un tour,
deux tours, trois tours, le visage offert en offrande au soleil.
Elle
avait l’impression d’être seule au monde. Elle aimait ce moment tout en se
disant qu’il n’était pas normal. Elle se disait qu’il était l’aboutissement
d’un phénomène. C’était son instant à elle, il fallait en profiter. Un léger
vent faisait voler son jupon ; soudain elle eut envie de crier, elle qui
murmurait tant à elle-même lorsqu’elle était enfermée.
Le
cri fut long, profond. C’était un soulagement de tout son corps, de tout son
être.
« Je suis bien ! » hurla-t-elle plusieurs fois, sur la
place. L’adrénaline monta et la poussa à se mouvoir. Elle tourna le dos
aux volets fermés de son épicerie fétiche, puis se dirigea vers la rue
commerçante. Quelques papiers volaient çà et là. Le silence était tenace, alors
pour le rompre, Irina se remit à crier : « je suis si bien ! Quelle joie ! Mais où êtes-vous
tous, les gens ? », puis elle recommença à tourner sur elle-même,
les yeux fermés, au milieu de la rue, le visage offert au ciel.
Le
tournis la poussa à s’arrêter. Elle reprit équilibre, ouvrit les yeux et vit
quelques silhouettes, parfois hirsutes, qui s’avançaient vers elle.
Elle
ouvrit de grands yeux ronds. Elle n’était pas seule finalement.
Les
Samosely s’approchaient.
Elle
était une Samosely.
SAMOSELY (2)
A
la télévision, aucune information digne de ce nom ne filtrait. Comme
d’habitude, on rassurait la population en disant que les autorités « gardaient tout sous contrôle ».
Mais c’était quoi ce tout ? Les
journalistes étaient rassurants, souriants même. Ils parlaient d’un rayon
invisible nocif qui miraculeusement avait pu être stoppé avant qu’il n’atteigne
les villes voisines. « On nage en
pleine science-fiction ! » se disait Irina tout haut, donnant
ainsi l’impression fugace qu’elle parlait à quelqu’un dans la
pièce. A force de vivre seule, elle avait développé quelques manies dont elle
était incapable de se débarrasser. Etait-elle donc la seule à observer le
manège nocturne des camions ?
Et
puis une nuit, les chevaux de Troie modernes ne vinrent pas. C’était la première
fois depuis vingt-huit nuits. Entre temps, en journée, Irina s’était rendue
compte que le silence de son immeuble était plus oppressant que d’habitude. Peu
de fenêtres avoisinantes étaient encore ouvertes. Il n’y avait plus d’enfants
qui criaient sur la place. Une voiture venait, de temps en temps, traversait la
rue, puis plus rien. Enfin, le commerce en face de chez elle, endroit
stratégique car c’était le seul endroit qui la poussait à quitter son nid et
affronter le monde extérieur, était résolument fermé. Même si elle avait pris
l’habitude de se nourrir avec parcimonie, vestige d’un temps où les privations
étaient plus nombreuses, ses réserves alimentaires n’étaient pas éternelles. Il
fallait trouver un plan B.
Sortir.
Sortir
et chercher.
Sortir,
chercher et affronter le monde extérieur.
Irina
décida de se donner quatre jours pour se faire à l’idée. Quatre jours pour
faire le point. Elle sortirait un mardi, jour habituel du marché, avant la
catastrophe.
(A suivre)
@Virginie Neufville














